Contexte
La tuberculose (TB) demeure l’une des principales causes de mortalité infectieuse dans le monde, avec près de 10 millions de nouveaux cas estimés chaque année et plus d’un million de décès. Cependant, les enquêtes nationales de prévalence utilisant la radiographie thoracique indiquent qu’environ la moitié des cas échappent aux méthodes diagnostiques actuelles.
Ces observations soulignent les limites de la stratégie de détection passive des cas, fondée sur l’identification de patients symptomatiques, qui ne permet pas de détecter les personnes infectées mais asymptomatiques, susceptibles de contribuer à la transmission et à la persistance de la maladie dans la communauté. Chez ces patients, les outils de confirmation diagnostique présentent des performances sous-optimales, en raison de l’absence d’échantillon biologique de référence et d’une faible charge bactérienne.
Ces limites mettent en évidence la nécessité de développer de nouveaux outils diagnostiques capables d’améliorer à la fois le triage et la confirmation des cas de TB. Dans ce contexte, le développement de tests basés sur des biomarqueurs détectables dans des échantillons non issus d’expectorations, faciles à collecter et adaptés à une utilisation au point de soin, représente une approche prometteuse pour élargir l’accès au diagnostic et renforcer la détection précoce des cas.
La Fondation Mérieux, en partenariat avec l’Institut Pasteur de Madagascar, le Centre Pasteur du Cameroun, l’IPBS/CNRS et le CIRI lance le projet LAM4RO avec pour objectif d’évaluer les performances diagnostiques de la détection du LipoArabinoMannane (biomarqueur de la bactérie responsable de la maladie) à partir d’échantillons non invasifs.
Objectifs
A partir d’échantillons d’air et de salive, le projet vise à évaluer des outils pour :
- Améliorer, en communauté, le triage des cas de tuberculose pulmonaire et notamment l’identification des formes paucibacillaires ou subcliniques parmi les contacts intra-domiciliaires de cas index
- Vérifier l’efficacité du traitement
- Réaliser une analyse du rapport coût/efficacité de ces nouvelles approches
Activités
Cette étude est une mise en œuvre par l’Institut Pasteur de Madagascar et le Centre Pasteur du Cameroun dans leur pays respectifs, en lien étroit avec les programmes de lutte contre la tuberculose.
Dans les pays d’intervention, les patients identifiés comme présentant une tuberculose pulmonaire seront recrutés au sein des centres de diagnostic et de traitement de la tuberculose hébergés dans des structures de santé : le Centre Hospitalier Universitaire de Soins et de Santé Publique d’Analakely à Antananarivo et le Centre Hospitalier Universitaire de Fenoarivo à Madagascar, ainsi que l’Hôpital Jamot de Yaoundé et l’Hôpital de District d’Efoulan au Cameroun. Ces patients seront pris en charge conformément aux recommandations nationales en vigueur et feront l’objet d’un suivi pendant toute la durée du traitement, soit six mois.
Afin d’évaluer le niveau de risque de transmission du cas index (individu atteint de tuberculose maladie) à son entourage, une enquête au sein du foyer sera réalisée afin d’identifier d’éventuels cas secondaires. Un bilan diagnostic complet sera effectué avant la mise en place de tout traitement, qu’il soit curatif (pour les cas secondaires de tuberculose) ou préventif (pour les personnes à risque).
Les contacts intradomiciliaires n’ayant reçu aucun traitement feront l’objet d’un suivi régulier pendant 18 mois et seront pris en charge, conformément aux modalités en vigueur dans chaque pays, en cas de confirmation d’une tuberculose.
La collection d’échantillons d’air condensé (EBC) et de salive sera réalisée au CDT pour les individus recevant un traitement curatif (lors de l’initiation du traitement), ou à domicile pour l’ensemble des autres participants lors de chacun des points de suivi, afin de détecter la présence de LAM dans ces échantillons.
La Fondation Mérieux intervient en tant que promoteur du projet de recherche, assurant un appui scientifique, méthodologique et organisationnel au projet, en étroite collaboration avec les acteurs nationaux de la lutte contre la tuberculose. À travers cet engagement, la Fondation contribue au développement d’innovations diagnostiques adaptées aux contextes à ressources limitées et au renforcement durable des systèmes de santé.